AUX ÉCLATS !

« Le printemps est venu : comment, nul ne l’a su » Antonio Machado
Estompé en un bouillon d’écume, sans grand souci du qu’en-dira-t-on, l’impressionniste des cieux suspend son lot d’esquisses sur la corde à linge. Bleu mimosa. Rouge seringat. Mauve forsythia. Blanc mahonia. Jaune magnolia. Vert azur. Exposition éphémère, album végétal qui virevolte au vent.
Bien que les suspensions ne tiennent qu’à un fil d’épingle, entre reflets et scintillements la lumière nouvellement apprivoisée crée cette atmosphère de renouveau champêtre. Champ chromatique dans l’air du temps. Inlassablement, jour après jour, après l’audace de chaque saut de puce, aussi léger que possible ce nouvel opus incarne l’intensité lumineuse de nos yeux éblouis.
De toute part ça bourgeonne, ça éclate sans mot et sans bruit. Un temps confisqué le voilà de retour, fidèle au rendez-vous, fier comme Artaban. Sonnez hautbois, résonnez trompettes, le sacre du printemps résonne à tue-tête. À tout bout de champ, tapis de pâquerettes et carpettes de boutons d’or parsèment cette mosaïque bucolique, égayant les profonds labours de l’hiver sans cesse en embuscade.
Premiers de cordée, les narcisses des bois et des prés inclinent leurs têtes indolentes dans les vertiges de désirs éperdus. Bien que la rigueur des frimas n’ait point sonné l’armistice, chahutant l’insolite, une risée de douceur laisse galoper sa fertile imagination jusqu’aux frontières du réel. Hors du commun, pétales d’éclats déployés, tout à coup elle illumine nos quotidiens d’un jour nouveau à travers le fracas étincelant des paysages sidérés. Sous ces accès de fièvre le monde assoupi soudain se métamorphose, soustrait à cette profonde léthargie qui blanchit les campagnes.
Intrépide, encore bouffie de sommeil la nature s’éveille au chant des oiseaux emmitouflés dans leur parure de duvet. En grandes pompes cacophonie et piaillerie s’invitent à la parade de la puberté printanière, l’air transportant ces bribes musicales telles une promesse solennelle. Au ballet du grand orchestre, rouges- gorges et rouges-queues, mésanges bleues et volée de moineaux, chacun au diapason de sa partition, prompts à égayer les jardins.
Au sortir du sous-bois, queue en panache, petits yeux malicieux, à toute allure le petit écureuil roux, intrépide funambule, caracole de branche en branche au risque de s’aventurer au plus près. Signe des temps précoces. Dissimulé dans les broussailles d’un sentier, un faisan laisse paraître son plumage coloré de touches bleu-vert et de rouge. Guère plus loin, à cause de sa pèlerine brune bien plus fade, la faisane passe plus inaperçue, quasi imperceptible, dissimulée en sa tenue de camouflage.
Sous ses verdoyants apparats sa Majesté toque à la porte. Confusément un vent fripon soulève les jupons maugréant à la va vite mille choses confuses. Guère plus loin, en son linceul poudré de givre, le perfide et sournois semeur de frimas, mine renfrognée, un brin chafouin. Pas question de dire son dernier mot.