BABIOLES D’AUTOMNE

« Les jours passent mais les souvenirs restent pour l’éternité. »
Sur la place du village, au pied des grands arbres parés de majestueuses ramures – au grand dam du cantonnier de service – une multitude de bogues éparpillées en inextricable fouillis. En pleine maturation, fissurées de part en part, les gangues aux pointes acérées délivrent la nouvelle collection d’automne, graines fraîches de saison, sans que grand monde ne s’en soucie. Marrons d’Inde, billes rondes à peau lisse et luisante qui roulent impunément sous les pieds des passants importunés. Vestige d’une nature corsetée entre les pavés des trottoirs.
Cheveux ébouriffés, joues rougies, nez morveux, genoux écorchés, lacets défaits, godillots crottés – garnements en vadrouille, pétillants de malice. Marrons d’octobre au fond des poches percées, ramassés à la sauvette sur le chemin de retour de l’école buissonnière. À l’orée des sous-bois quelques poignées de glands glanés sous les épais tapis de feuilles, sans oublier les frêles cupules à fines aspérités. Moisson sauvage dont chacun s’enorgueillit après d’inévitables roulades au cœur des feuillages et autres dantesques batailles de pignes de pins. Inestimables trésors d’automne.
Aiguillonné par le lyrisme du vent, le carillon du clocher ponctue la fin de récré. Nuée d’oiseaux effarouchés prenant la poudre d’escampette sans grand souci du lendemain. Vite rentrer pour le quatre-heure avant que les aînés reviennent des coupes de bois, harassés après une dure journée de labeur. Monticules de stères à remiser au fin fond de la grange. De quoi réchauffer au coin du feu les cœurs transis et les âmes alanguies tout au long de l’hiver.
Depuis l’achèvement des dernières fauchaisons, les champs ont revêtu leurs haillons de jachère dans l’attente des prochaines semailles de blé noir. Jour après jour les lueurs déclinent en habits de lumière – aubes nitescentes et crépuscules mordorés. Courbée sous l’échine du vent une nuée de corbeaux exempts de migration lointaine. Oiseaux de noir présage, colporteurs de mémoire des défunts de Toussaint. Matins brumeux et couleurs cristallines ponctuent les paysages esquissés — raffinement de l’automne.
Sur la nappe à carreaux, un grand bol émaillé de chocolat chaud, un pot de confiture de mûres récoltées en fin d’été, de larges tartines de pain perdu et une poignée de cerneaux de noix. Au coin du poêle le chat noir pelotonné en boule. Son ronronnement ponctue le balancier de la comtoise artisanale. Passe le vide des heures dérobées à la nonchalance de l’enfance.
Entreposé dans une cagette de bois chapardée au potager, le trésor des campagnes n’attend plus que les petites mains pour enfin prendre vie. Avec un brin d’imagination et un soupçon de patience de quoi occuper pas mal de journées de vacances à confectionner animaux biscornus, personnages fantastiques et autres objets incongrus. Quelques brins d’allumettes en sus et le tour semble joué ! Mélancolie en culottes courtes. Nostalgie des temps perdus.