C’EST COMME ÇA…

« Mais c’est la mort qui t’a emmenée, Marcia… »
Laconique et cruelle la nouvelle est tombée sans grand bruit, sans clameur digne du chant mélodieux des sirènes par-dessus le vide. Hors de portée médiatique, au panthéon des célébrités une étoile au terme de sa fulgurante apogée. Filandreuse trainée de poussières glissant dans le grand sommeil des Hespérides. Chaque aube comme un nouvel effroi. Une âme que l’on effleure du bout du regard.
Au cœur des années quatre-vingt, juste après la libération des ondes les radios libres se mettent à pulluler sur la bande FM faisant la part belle à de petits groupes locaux jusque là inconnus du grand public. Bousculant les codes enrobés de naphtaline, la musique comme nouveau langage de survie. Langue ancestrale dévorant l’asphalte en zone rouge.
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Cette année là les paroles résonnaient à tue-tête, s’emparant de nos corps agités par ce tempo hypnotique. Impossible de s’en débarrasser. Le paysage sonore saturé par l’insolence de cette formidable caisse de résonance. Inconnu au bataillon chacun cherchait à percer le mystère de cet anonyme tumulte. Peuplée d’espoir et de liberté une époque des plus formidable.
Face B de l’album Rita Mitsouko, sous l’incessant pilonnage des radios libres le 45 tours, petite galette noire va devenir pépite d’or. Alchimie des foudres verbales. Sortis de l’impasse deux figures emblématiques de la nouvelle scène musicale. Fred Chinchin – Catherine Ringer, duo emblématique qui va percuter de plein fouet la planète rock. Une nouvelle comète qui s’élance au faîte du zénith.
De part son charisme sans retenue et sa voix à la tessiture des lus grandes cantatrices de talent, Catherine Ringer occupe l’espace au plus profond de cette impatience que frôle la vie. Sous la caméra de Mondino, les clips s’enchaînent, images saccadées, couleurs acidulées — révélation de la profonde nature d’une artiste hors du commun. Un à un les titres tambourinent à la porte du succès, martelant le chorus des bacchanales en sursis. Tout un florilège de titres phares qui aujourd’hui encore résonnent en écho à la fièvre des corps. C’est comme ça …
Les histoires d’amour finissent mal en général, celle des Rita Mitsouko, noyée de tendresse, s’articule tout autour des arcanes de ce crabe empalé sur les récifs de la pénombre. Impossible de conjurer le mauvais sort quand la camarde est à l’affût d’une nouvelle proie. La nuit ne fait que frôler nos vies éphémères.