QUAND DE PASSAGE, SONT LES OISEAUX

Publié par Vent d'Autan le

« Les poètes sont des oiseaux, tout bruit les fait chanter. « Chateaubriand

Qu’est ce qui peut bien faire qu’à certaines périodes de l’année, plus propices que d’autres, les oiseaux de passage se rassemblent de la sorte sur les fils, suspendus en filigranes? Perchés juste au dessus de nos têtes, dans cette même ritournelle, les voilà qui se croisent et qui s’entrechoquent au gré de leurs conversations de funambules des airs. 

Se racontent-ils quelques anecdotes à propos des lieux qu’ils ont un temps fréquentés et qui leur tiennent tant à cœur ? Se soucient-ils de la frilosité recouverte de ce blanc manteau au pied des immensités? Quels regards portent-ils sur ces paysages trompeurs étayés de zones d’ombres vertigineuses tenues en haleine entre les interstices du hasard?

À piaffer de la sorte leur impatience à retrouver quelques douceurs  printanières, la liesse collective se manifeste tel une apostrophe à ne pas sombrer dans la grisaille environnante. Comme une invitation à sortir le bout de son nez au dehors, sublimé par ces traits esquissés en tableau de maître. Embrasser du regard l’autre bord du rivage et varier les plaisirs qui donnent envie de rêver. Couper les ponts avec l’effervescence du quotidien dérivant au gré de l’instant.

Quand dorment les gens, rebelle le temps. La lumière tourne, tentant d’oublier son nom. Fragments de soleil, éclats de mots, volés par le vent du grand nord. Soumis aux contrariétés du ciel, tambour battant, l’agitation provoque le fracas de l’orage menaçant. Volée de moineaux à tire d’ailes, fritures sur la ligne. Un chaos bien ordonné. Parfaite anarchie d’un bouleversement radical. Encore une fois, ce sont des limites sans fin, à la pointe des horizons.

Quelques plumes à même le sol, témoins d’un passage que l’on eut pu rêver. Et puis l’étrangeté de ce silence qui enveloppe les strates de la nuit. Les sons, les sensations, les impressions, les frissons de ce noir manteau opaque, inaccessible et mystérieux. Peu à peu cette torpeur qui s’installe dans l’obscurité fécondée en saveur d’offrande.

Y aurait-il d’autres chemins à sillonner inlassablement où toutes directions sont possibles ? Comment se souvenir de son propre étonnement à ne point trouver réponse toute faite, quand divagation et imagination vont bien souvent de pair ? Pourquoi essayer de comprendre ce qui se passe en coulisses ?

Tandis que les lanternes rouges jonchent à même le sol en fertile patchwork, la cruelle morsure du froid fige les branchures des arbres entrechoqués. Ainsi se compose en un insolite tableau ces paysages emmitouflés de formes énigmatiques. Au faste de l’automne déclinant, les couleurs mordorées s’estompent en demi-teinte recouvertes d’une fine couche de blancs cristaux de givre. Lovée dans la douceur des bras de Morphée, la nature tout doucement s’assoupit, engourdie dans cet état prolongé où toute vie semble s’être arrêtée. En hibernation par excellence.

Bien plus audacieux que leurs comparses sédentaires, les grands voyageurs ont déserté les mornes plaines pour une place au soleil des tropiques. Battant des ailes et fendant le ciel, ils cheminent en nuées sur les routes ancestrales, portés par la douceur des Alysés, guidés dans leur quête par le mystère des étoiles. Tôt ou tard, à la belle époque ils reviendront en nos contrées lointaines, hardis pionniers des ailes fugitives.

Colporteurs de plus ou moins bonnes et mauvaises nouvelles, les fils à présent délaissés, se balancent au gré des pulsations venteuses, défigurant la virginité du ciel. Lignes de partitions réduites aux seuls soupirs passés sous silences. Juste un bémol, sans aucune fausse note.

Bravant le halo des mille et une nuances de gris, quelques valeureux intrépides en quête de bien maigre pitance par ces temps de disette hivernale. Alors que la lune et les Pléiades se sont déjà couchées, dans les griffes de la nuit, épouvantail à moineaux, ils se sont évanouis le plumage tout ébouriffé.

Dans quel refuge insolite s’en vont-ils nicher, blottis contre la fièvre polaire ? Passeront-ils l’hiver à attendre le retour de la nuée migratrice pour à nouveau réenchanter les fils ? L’inspiration du prochain printemps sera-t-elle parsemée de petits morceaux de monde pour rêver d’endroits où ils s’en sont allés, où chacun souhaiterait pouvoir être ? À la pointe de l’aube, s’en viendront-ils piailler harmonieusement en cœur la symphonie du sacre printanier revenu du paradis blanc ?

Oh, lyre divine, chante l’aurore aux sandales d’or !

Catégories : Chroniques