LE PETIT ESPANTÉ

Publié par Vent d'Autan le

Quelle est donc cette indéfinissable bagatelle qui a la curieuse capacité d’émouvoir de la sorte l’âme humaine jusqu’au tréfonds de ces égarements ? Insondable et insalissable alchimie sacerdotale du beau et du sacré. A ne point confondre avec quelques tranches de rayés bardées de couches de gras. Salé ou sucré ?

Nichée au creux de l’antique bastide millénaire, petit paradis perché sur les hauteurs des méandres de l’Agout, dans l’enclave d’une ruelle sans fioritures ornementales, une galerie à ciel ouvert aux quatre vents, telle une girouette ayant perdu la tête. Alouette aux dessus des cieux, dans l’amas des nuages.

Aux abords de l’échauguette aux briques rouges du pays d’en haut, derniers vestiges de fortifications datées du XIII° siècle, le panorama offre une vue imprenable aux curieux, aux badauds et aux rêveurs, avides de s’échapper au vert, face au quotidien de ce spectacle qui s’étale en contrebas dans la plaine aux alluvions. 

S’enivrer de ce patrimoine secret et local qui nous raconte des histoires, à condition d’écouter le souffle sauvage de ce vent, qui, dans les courants ascendants, colporte les légendes d’antan. Respirer, ralentir, profiter. Immersion, sensations.

En ces lieux d’étape ombragée, terre de potiers et de céramistes, amoureux de cette glaise pétrissent, malaxent et façonnent de leurs mains expertes cette ocreuse marne argileuse, matière primaire pétrie depuis la nuit du temps des bâtisseurs. Chaque bâtisse, chaque édifice, chaque bâtiment, chaque ouvrage, lavoirs et pigeonniers portent l’impérissable empreinte de la splendeur de ce passé, indélébile marqueur de l’épisode de l’hérésie albigeoise. Cathare un jour…

Troubadours, saltimbanques, clowns, poètes, marchands de sable, baladins, bouffons, funambules, jongleurs, nomades, équilibristes, acrobates, marchands ambulants , chasseurs d’histoire déambulent sans boussole dans le labyrinthe de ce jeu de piste médiéval, où chacun retrouve intact l’instinct de ses racines médiévales.

Par ici, en ces contrées reculées que pléthore de parvenus, détracteurs de chocolatines, la bouche en cœur à l’accent pointu, qualifient de culs terreux, deux semblants de ruelles suffissent à s’approprier du qualificatif pompeux de « cœur de ville »  que l’on puisse usurper au langage courant de ces grandes métropoles sans âme. 

A tire d’ailes dans le lointain de la campagne environnante, la FIAC des champs, terroir pastelier du grand bleu, patrimoine culturel immatériel sorti de l’ornière de l’oubli par une poignée de génies visionnaires, férus partisans de la glorieuse épopée du triangle d’or. La vie en bleu au gré des jaunes inflorescences de l’herbe du Lauragais.  L’azur, moiré de ses célestes mirages, teintés des treize nuances : bleu blanc, bleu naissant, bleu alazado, bleu mourant, bleu mignon, bleu céleste, bleu turquin, bleu de reine, bleu de roi, fleur de guesde, bleu pers, bleu aldego et bleu d’enfer. Isatis Tinctoria, trésors de Cocagne. De quoi s’espanter les mirettes !

Au détour de cette exploration bucolique, face au café à la façade ornée d’une luxuriante glycine bleue dont les grappes fleurissent à l’orée du printemps, à même le trottoir, cette exposition atypique qui ne laisse aucun quidam indifférent, aussi hermétique soit-il à toute expression artistique. De quoi se laisse tenter pour une immersion dans cet univers onirique, au risque d’y retrouver son âme d’enfant. Au rythme de la déambulation, les petits plaisirs de l’insouciance, sensation de la traversée de chemins buissonniers.

En aparté des lieux habituellement bondés, voici donc cette galerie à ciel ouvert d’un artiste capricieux, fantasque, farfelu, excentrique ou même extravagant, qui faisant fi de tous boycott ou restriction actuelle, enflamme les ébats les plus liquéfiés. Butane ou propane, quand le gaz part c’est la mort sure !

Tranches de rayés bardées de l’art, primaire pour certains, primitifs pour d’autres. Mais que l’on ne se trompe point, personne ne reste de marbre, émoustillé par cette rencontre sans chichi. D’infimes  perceptions, un univers où puiser cette infinie palette d’expressions, mille et une façons de dire, de donner à voir et à sentir le bon, le vrai, le spontané. En toute humilité, espantés !!!!

Catégories : Chroniques