DANS LE FRACAS DU VASTE MONDE

Publié par Vent d'Autan le

Contre toute attente, voici donc un heureux évènement, quelque peu inattendu, et qui au vu de l’ampleur du désordre du monde, méritait bien un billet sonnant et trébuchant. Monnaie d’échange à portée de toutes les bourses !

A la veille de Pâques, à cet instant précis où en parfaite symbiose d’alignement des planètes Terre-Lune-Soleil, la pleine Lune Rose comblait le ciel de ses caprices de star. Splendeur carnée en référence à cette période où les Phlox fleurissent et imprègnent les paysages de cette belle couleur rousse orangée, filtrée par l’astre solaire. Prophétie de vieux sages Amérindiens.

Juste un entrefilet sans gros titre racoleur, en bas de page cinq de la gazette dominicale. Sans grande prétention, cet infime interligne noyé dans le maelstrom de cet instant de l’entre deux tours de manège. Suspendus entre l’ignoble et le sordide, chacun retenant son souffle, à l’aube des pires inquiétudes.

Bien que cet évènement inaccoutumé soit assez exceptionnel pour ne point passer inaperçu, l’attention collective, mobilisée jour et nuit par les faits et méfaits de politiques aux abois, se focalisait sur les inquiétudes à venir, chacun hypnotisé par l’épouvantail à moineaux, faisant fi du grand prédateur des campagnes.

Le ciel pouvait bien leur tomber sur la tête, et pourtant… Rien ni personne n’ayant vu venir l’ampleur de cette péripétie céleste! Juste un peu de recul et prendre de la hauteur pour observer de plus près ce qui se passait du côté de la galaxie.

Qui de nos jours impérieux se soucie un tant soit peu de lever le nez au ciel, humant le vent frais du petit matin et des soirées de pleine lune, quand scintillent ces drôles de vers luisants, étincelantes lucioles ?

Qui s’extasie de la sorte de ce généreux spectacle qui déroule sa toile lactée par delà la grand voute céleste, et qui ose encore relever la tête pour mirer les étoiles filantes à travers la circonvolution des astres ?

Qui d’autres que nous tous et que vous autres, simples rêveurs soumis aux mystères de la création de cet Univers qui supporte les faits de nos gestes, s’autorisent à s’aventurer en ce royaume des limbes, éperdus dans le mystère originel ?

Qui, un tant soit peu, connait et se délecte de la sorte de la poésie du patronyme des étoiles les plus brillantes dans le ciel ? Alcyone, Alya, Sirius, Véga, Altar, Pollux, Mira, Naos, Électre…. Allez, bon sang de bonsoir, un petit effort !

©Vent d’Autan

Qui d’entre tous, allongé dans la douceur de l’herbe fraîche, prend le temps de contempler la course des nuages à travers la métamorphose de leurs aspects changeants, s’inventant un univers de chimères soumis à la pertinence des vents tourbillonnants ?

Une étrange sensation d’élévation, comme une montée au ciel, extase mystique. Un récit universel, conte mythologique, légende des temps anciens où les astres passionnaient le commun des mortels, préoccupés du sort  de leurs incertitudes. Navigateurs solitaires, aventuriers au long cours, baroudeurs en herbe, bergers des estives, caravaniers des hauts plateaux, voyageurs en transit, vagabonds limbaires, peuples primitifs, tous en proie de leur destinée céleste à travers la course des étoiles, captivés d’en découdre avec l’humilité du théâtre de la création, toujours prêts à relever de nouveaux défis.

Qui se permet en toute liberté à s’extraire de l’emprise mortifère de ce prolongement de soi, narcisse des temps modernes, obnubilé par la tyrannie de ces réseaux enchevêtrés dans la myriade d’ondes satellitaires qui englobent la toile filandreuse de la technologie humaine, promise aux tentations de l’ascension divine ?

Quel sera le devenir de cette nouvelle génération privée d’ennui, ralliée aux artifices de ces parallèles, déconnectée de ses racines terrestres, happée corps et âme dans les affres de l’illusion des temps modernes, privée de sa propre capacité à rêver ? 

Serons-nous las, fatigués d’en découdre avec l’illusoire et déçus de s’émerveiller face aux mirages de ce monde digitalisé, happés dans cet enfer carcéral hors de contrôle, incapables de supporter ce semblant de normalité face à l’irréalité de cet environnement policé ? Mégastructure de pouvoir où chacun reste assoupi à résidence. Consentement mutuel de servitude volontaire. Humanité sous cloche.

Combien d’entre nous, d’entre eux, oseront s’affranchir sans encombre, à avoir des doutes face à la préemption de leur libre arbitre ? Combien se souviendront de la fragilité de l’éphémère, beauté de ces temps soustraits de l’engrenage fatal de la fabrique des mensonges ?

Qui osera élever la voie, celle de lever la voix au ciel jusqu’à y contempler l’extase des constellations ? Qu’avons nous encore à prouver, à nous prouver, sinon rien d’autre que ce néant qui nous condamne au précaire équilibre de la croisée de destins?

Se promener la nuit sous la voûte céleste, à travers l’immensité du firmament. Éprouver à chaque instant l’existence d’autres réalités. Voyager à la fois dans l’espace et dans le temps, en ces lieux où notre imaginaire se pavane au faîte des étoiles, quand notre esprit y vagabonde de tout son saoul. Errer dans les méandres des temps, voyageurs bohèmes ivres de galactiques.

A l’origine du monde, les philosophes de la  Grèce antique nous révèlent la poésie du Cosmos. Victor Hugo, Baudelaire, Rimbaud et tant d’autres poètes, sous la plume enflammée de leurs allégories, reprendront à leur tour la féerie des mythes les plus anciens.

C’est ainsi que quiconque qui scrute le ciel étoilé, peut pénétrer l’incommensurable et déchiffrer au gré du vent l’énigme de ces légendes colportées de bouche à oreille par les peuples autochtones des temps anciens.

Catégories : Chroniques