…PRESQUE L’ÉTÉ

Publié par Vent d'Autan le

Auxo

” Écrire, c’est traverser une saison qui n’est sur aucun calendrier” Françoise Lefèvre

A flanc de montagne, au cœur d’une contrée reculée, à l’abri de regards indiscrets, en ce lieu de prédilection où la lumière dépose ses sillons évanescents dans la douceur des saisons. De par la fluidité des lignes d’horizon, quelque chose de fascinant se dévoile comme un effluve en pleine effervescence. Une plongée dans les entrailles de ce massif bucolique boisé d’une douce ambiance lumineuse dont l’impérissable beauté distille une atmosphère de rituels secrets.

Ici, on finit par oublier cette vague impression de bout du monde, à l’écart de toute précipitation, dépouillant l’obscurité des arcanes de cette ébauche de prodige. Chaque jour est un perpétuel recommencement bercé par le bruissement des feuilles et le clapotis de l’eau joyeuse et intrépide qui, au gré des tumultes, serpente entre sinuosités et ondulations au fil des rochers. Invisible et insaisissable, la courbe du temps, drapée d’espoirs et de poésie, file à l’ombre des moindres instants. Petit bout de paradis en attendant que demain se fasse ou plus simplement se passe.

Au lointain, à l’arrière des territoires de brumes, porté par la frêle respiration des vents, le tintement  des sonnailles des troupeaux ruminant du côté des pâturages. Seule entorse d’innocence à la sagesse du silence, toile vierge au pays des songes. Des prémisses frissonnants de l’aube jusqu’au crépuscule flamboyant, ici tout respire l’enchantement de la simplicité de l’âme d’antan. Et chaque matin un jour inattendu se lève au bord de l’aurore.

Miracle de la vie où s’épanouissent en parfaite symbiose faune et flore, opulentes et précieuses, sans pour autant déranger le bel équilibre des richesses secrètes nichées au milieu de cet incroyable écrin de verdure. Point d’orgue d’un décor sauvage et abandonné à sa propre liesse. Imperceptible sommité de petits riens qui, comme par magie,  bout à bout s’assemblent pour ne plus former que l’harmonie d’un tout.

La vie au ralenti, suspendue en compagnie de paysages bucoliques, fruits de la terre généreuse. Véritable once de piété pour prendre le temps de vivre, de se la couler douce, de s’enivrer de ce grand bol d’air qui à la première bouffée vous grise de sa fraicheur d’altitude. Plus loin, une armada de nuages d’écume polarise l’aphélie des cieux. L’Olympe peut bien attendre.

A l’écart des chemins ordinaires, un arc en ciel ensoleillé d’une pluie de confettis enrobée de vermicelles de ravissements. Le nez collé derrière la vitre embuée, d’un air distrait, elle regarde passer le cortège des nuages dans le panorama des cieux d’une limpide pureté. Et comme à chaque fois le paysage, sublime et majestueux, s’ouvre en format cinémascope, sur ces grands espaces d’infinis, entremêlés dans un embrouillamini de lignes d’horizons à repasser du bout de la mine de crayons de bois. Précieux décor de coloriage enfantin  pour façonner les ineffables palpitations de lueurs battantes, mouvements d’apothéose de la vie.

Juste après le sacre du printemps, imploré de son impétueuse ardeur, l’horizon s’en vient à sanctifier l’allégresse de la prochaine saison, un regard pointé vers la nouvelle équinoxe, solstice de l’été en devenir. De Thalo jusqu’à Auxo, divinités de la croissance, ainsi valse la célébration des saisons qui se vit comme un éponyme roman. A l’aube de la Saint Jean, ardeur et flamboiement !

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