LENE MARIE, QUELQUES PAS VERS L’INFINI

Publié par Vent d'Autan le

Le spectre d’un monde parfait se dessine, qui menace les êtres dans la singularité de leurs émotions et de leurs comportements. Tragique face à face avec la maladie.

Quelquefois, certains maux restent quasi innommables, impossible à prononcer sans affect et sans angoisse. Des mots d’une rare impudeur qui évoquent des images d’horreur impensée,  venus nous révulser au plus profond de l’insupportable, soumis à ce silence complice des tourments de l’âme. Notre propre impuissance révélée à la lumière crue de l’implacable réalité.

Pourquoi tant de détresses insondables et tant de souffrances morbides où la détestation de soi devient cette obsession systématique? Quel besoin insatiable de combler ce vide intérieur qui pousse ainsi à se rejeter et à focaliser une telle abnégation?

Éthérée, elle flotte dans l’air avec la grâce d un ange évaporé. Drapée de lambeaux de linceul, son corps n’est plus qu’une enveloppe charnelle appauvrie, tel les arbres décharnés sous la cruelle morsure de l’hiver, qu’aucune frondaison nouvelle ne viendra revêtir au prochain printemps. Dans la lumière de son ombre, elle pleure les larmes de son corps, cicatrices  des décombres par delà le Bien et le Mal Être.

Dépouille squelettique de carcasse cadavérique, des images de papier glacé saisissantes d’effroi, perceptibles de la représentation d’un être déchiré face à son miroir brisé, si fortes en intensité et en tonalité de noir et de blanc, que l’on prend peine à regarder avec sérénité, mais dont on ne peut guère se détacher, le regard happé, capté par l’intensité de cette émotion qui vous crispe jusqu’au plus profond de vos tripes.

Expression dénuée de cette prison mentale où le corps momifié devient sujet inconscient de ce désir ardent d’échapper à la vie. Elle rêve de passer à côté, seule capable de supporter les troubles de ce chaos intérieur. Une vie sans repères en ce territoire de contrariétés, où il ne resterait que la flamme ardente, pure et incandescente, étincelle de vie.

Point d’impudeur affichée, juste le poignant témoignage d’une réalité de la condition humaine quand elle vous mène au pire. La candeur d’une âme tombée du nid douillet de l’enfance. Spectre de la douleur, puissante évocation de la détermination  d’une artiste en quête de vérités intérieures, condamnée à sa propre annihilation, habitée par le désir d’explorer sa propre vulnérabilité. Le décharnement de l’âme exprimé à travers l’extrême désolation de l’Être. Anéantissement de ce fruit défendu, perdu dans les abimes de la désolation. D’un monde à l’autre, le temps des consciences, volatile comme un papillon.

 Le mal a dit : « Regardez- moi, dans toute la splendeur et le désespoir de ma solitude. Ne détournez pas votre regard de ma séquestration. Affrontez vos craintes et vos frayeurs  les plus tenaces  et osez faire  face à l’épouvante du fardeau de cette illusion où tout espoir semble perdu. Soyez le témoignage de ma tourmente. »

L’émergence de la chrysalide n’a point eu lieu. La mue s’est cristallisée en nymphe des profondeurs. Séquestré dans sa dernière enveloppe, le glorieux papillon n’a pu prendre son envol pour délivrer son message d’Amour. Prisonnier de son enfermement, son imago est resté prostré dans son décharnement. Aux sources du mal-être, le vrai visage de l’anorexie, ne surtout pas grandir…

Lene Marie ou le vrai visage de l’anorexie

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